Pensée d'hiver

P. Delmet

L'hiver, l'hiver! monarque au blanc cortège,

Étend les plis de son manteau de neige

Sur les gazons que pour ton gai corset

Le clair printemps naguère fleurissait...

Entre mes bras languissamment bercée,

Tourne vers moi tes beaux yeux entr'ouverts.

Tandis qu'au vent frémit l'herbe glacée,

Dans tes regards souriront les prés verts.

Le vent siffleur a dépouillé les branches

Qui gazouillaient sur nos lits de pervenches,

A dispersé les feuillages bénis

Où les ramiers suspendaient leurs doux nids...

Entre mes bras languissamment bercée,

Ouvre tes yeux pleins de tendres émois:

Tandis qu'au vent meurt la branche glacée,

Dans tes regards souriront les grands bois.

L'hiver jaloux enchaîne les rivières

Où se miraient nos voiles printanières,

Lorsque penchés sur la nappe des eaux

Nous écoutions frissonner les roseaux...

Entre mes bras languissamment bercée

Ouvre, mignonne, ouvre tes jolis yeux:

Tandis qu'au vent craque l'onde glacée,

Dans tes regards souriront les flots bleus.