Les souhaits ridicules
P. Lacôme d'Estalenx
Il était une fois un pauvre bûcheron,
Dégoûté, fatigué de sa pénible vie.
« Pourquoi, » s'écriait-il en poussant un juron,
« Le ciel dont on dépeint la justice infinie,
Pourquoi le ciel jaloux n'a-t'il voulu jamais
Exaucer seulement un seul de mes souhaits?
La mort est préférable
A mon sort misérable. »
Juste à ces mots, le diable en personne apparut
Et lui dit: « Parle, allons, j'exauce ta prière! »
Vous concevez la peur que le bonhomme en eut!
Il s'écria de suite en se jetant par terre:
« Non, non, je ne veux rien! » « Si fait, je te promets
D'exaucer pleinement tes trois premiers souhaits;
Car je suis un bon diable,
Je suis très serviable. »
Notre homme rassuré revient à la maison,
Raconte en quatre mots tout à sa ménagère:
« Ça, réfléchissons bien, » dit-il, « avec raison,
Et ne demandons rien au diable à la légère. »
Le feu flambait. Il dit: « Qu'une aune de boudin
Ferait bien notre affaire en ce moment! » Soudain
Le boudin, en cadence,
S'avance,...vance,...vance.
Lors sa femme lui dit: « Faut-il que tu sois sot!
Quand tu peux demander cinq cents billets, de mille,
Un empire, enfin tout, demander, gros nigaud,
Une aune de boudin! Tu n'es qu'un imbécile! »
A ces mots, le mari se fâche et crie: « Assez!
Tiens, je voudrais, » dit-il, «qu'il te pendit au nez! »
V'lan! le boudin se colle
Au nez de la vieill'folle.
« Je n'ai plu qu'un souhait, » dit notre bûcheron,
« Il ne tiendrait qu'à moi de posséder un trône!
Mais le puis-je? La reine, un pareil laideron!
La reine, mon épouse, avec un nez d'une aune! »
Puis, après maint soupir: « Je souhaite, » dit-il,
Que l'aune de boudin s'en vienne sur le gril. »
Et par une friture
Finit cette aventure.