Riquet à la Houppe

P. Lacôme d'Estalenx

Une fois il était

Un p'tit prince effroyable,

Il se nommait Riquet,

Était laid comm' le diable.

Sur la tête il avait

De cheveux une houppe

C'qui fait qu'on l'appelait

Riquet à la Houppe.

La fée avait dit,

Quand il naquit:

Ce p'tit monstre-là s'ra tout plein d'esprit.

Dans un pays voisin

Naquit une princesse

Belle, adorable, enfin

Pleine de gentillesse.

Sa joue avait l'éclat

De la fleur fraîche éclose,

C'qui fait qu'on l'appela

La princesse Rose.

La fée avait dit,

Quand ell' naquit:

Ell' sera plus bêt' que n'importe qui.

Il advint une fois,

Que Riquet à la Houppe

Vit la princesse au bois

Et flamba comme étoupe.

Il demanda sa main,

Fit valoir sa noblesse:

« Vous êtes trop vilain, »

Lui dit la princesse.

« C'est vrai, » dit Riquet,

Je suis très laid,

Mais vous êtes bête comme un mulet.

De donner la beauté

Vous avez la puissance;

Moi, j'ai la faculté

De donner la science.

Faites donc le souhait,

O ma belle princesse,

Que je ne sois plus laid,

Et ma laideur cesse.

Rendez-moi joli

Et bien bâti,

Et je vous donn'rai, moi, beaucoup d'esprit.

Aussitôt dit que fait.

Rose dit: « Je souhaite,

Mon cher monsieur Riquet,

Que vous changiez de tête. »

Riquet en change et dit:

« Madame, je souhaite

Que vous ayez d'l'esprit

Au lieu d'être bête... »

La princesse en eut,

Chacun se plut

Et chez monsieur l'maire aussitôt s'en fuit.