Belle qui m'avez blessé
P. Lange-Müller
Belle qui m'avez blessé d'un trait si doux
Hélas! Pourquoy me laissez-vous?
Moy qui languis d'un cruel déséspoir
Quand je suis sans vous voir.
Las! Vous emportez en ce triste départ
De mon cœur la meilleure part,
Et vous laissez l'autre en proye aux douleurs,
Aux soupirs et aux pleurs.
Ou me rendez l'une, ou belle par pitié
Ne laissés pas l'autre moytié:
Ou bien donnez d'un pitoyable effort
À toutes deux la mort.
Le Ciel se troublant et changeant de couleur
M'assiste à plaindre mon malheur,
Et de ses eaux mon dueil accompagnant,
Ces déserts va baignant.
Mesme le Soleil amoureux de vos yeux
Vous fuit et desdaigne ces lieux,
Et ce séjour que vous avez quitté
N'est plus qu'obscurité.
Si de mes ennuis que je ne puis cacher
Quelque regret vous peut toucher,
Consolez-moy, belle, d'un doux espoir
De bien tost vous revoir.