Ma sœur bien-aimée est un jardin clos

P. Rousseau

Ma sœur bien-aimée

Est un jardin clos,

Une source fermée

Qui garde pour moi seul la fraîcheur de ses eaux.

Ma sœur est un jardin au feuillage qui tremble,

L'enclos où poussent au hasard,

L'enclos où fleurissent ensemble,

Le grenadier, le troène et le nard.

Ma sœur est un jardin, plein de plantes robustes

Et d'arbres ravissants,

Qu'embaument la cannelle, où sont tous les arbustes

Qui nous donnent l'encens.

Ma sœur est un jardin d'aloės et de myrrhe,

Une source d'azur,

Ma sœur est la fontaine où le jardin se mire,

Ma sœur est du Liban le ruisseau toujours pur.

Levez-vous, vents puissants, venez souffler sur elle,

Vent du Nord, lève-toi,

Ses parfums d'aloės, de myrrhe et de cannelle,

Répandez-les sur moi!

— Dans son jardin d'amour que le bien-aimé vienne,

Qu'il en mange les fruits.

— Je viens dans mon jardin, ma bouche est sur la tienne,

Je respire la fleur qui parfume mes nuits.

Et je mange mon miel d'une bouche affamée,

Je bois mon vin, mon lait, je bois ma bien-aimée;

Buvez, ô mes amis, buvez, mangez aussi, Enivrez-vous d'amour, comme je fais ici.