Que par toi la vue est charmée

P. Rousseau

Que par toi la vue est charmée,

Ma toute belle bien-aimée!

Sous ton léger voile, ô ma sœur,

Tes grands yeux purs ont la douceur,

Ont la grâce des tourterelles,

Des colombes battant des ailes;

Et tes noirs cheveux sur ta peau

Semblent des chèvres en troupeau,

Des chèvres noires et mutines

Au penchant des chaudes collines.

Tes dents sont des brebis blanches, sortant du bain;

Nulle ne fait défaut parmi ces sœurs jumelles;

Et tes lèvres, minces et belles,

Sont comme un fil de pourpre, un fil de pourpre fin.

Sous ton voile, à la promenade,

De tes lèvres la rougeur luit:

Ta joue est brune et comme un fruit,

Comme une moitié de grenade.

Ton cou si fier, ô mon amour,

Ton cou, colonne de tes charmes,

Ton beau cou ressemble à la tour

Qu'éleva David pour ses armes,

Où sont pendus les boucliers

Et les carquois de ses guerriers;

Et tes seins, tes seins, ma belle,

Sont tels que deux jeunes faons,

Qui tous deux seraient enfants

De la même gazelle,

Gracieux, tendres, charmants,

Paissant parmi les lis blancs.

... Ce soir, quand soufflera la brise,

J'irai vers la colline grise,

Où poussent la myrrhe et l'encens

Et tant d'arbustes ravissants.

... Que par toi la vue est charmée,

Ma toute belle bien-aimée!