Aux berceaux

Paladilhe

Vous êtes suspendus pour que l'enfant se croie

Une âme libre encor en planant dans la joie;

Berceaux, vous êtes balancés

Par une douce main qui s'abaisse et s'élève

Pour que les beaux enfants se croient toujours, en rêve,

Sur deux ailes d'ange bercés.

Une heure, un jour de plus, ô berceaux blancs et frêles,

Vous tenez loin du sol l'ange qui n'a plus d'ailes,

Et vous êtes harmonieux.

Autour de vous souvent vibre une chanson tendre,

Pour que l'enfant sourie et s'imagine entendre

Le rythme accoutumé des cieux.

Et vous êtes pareils à des barques, venues

D'un archipel céleste aux îles inconnues

Vers nos écueils et nos dangers;

Et nous tremblons toujours qu'en vos rideaux, vos voiles,

Vienne à souffler un vent qui remporte aux étoiles

Les berceaux et les passagers!