Encore divins
Paladilhe
Ils ont, les chers enfants, nos yeux, notre visage;
Ils agitent de petits bras;
Les anges sont, ainsi, créés à notre image,
Mais ils ne nous ressemblent pas.
Ils ont de petits pieds, mais délicats et roses,
Mais qui n'ont pas encor touché
Ce sol dur où nos pas heurtent à tant de choses;
Leurs petits pieds n'ont pas marché.
Ils ont aussi des mains, frêles, qu'ils savent tendre,
Qu'ils savent joindre pour prier,
Mais leurs doigts transparents sont trop faibles pour prendre
Et ne pourraient pas travailler.
Ils ont des yeux, mais purs, qui ne cherchent encore
Que le sourire maternel;
Beaux yeux d'enfants, joyeux et frais comme l'aurore,
Tous bleus des souvenirs du ciel.
Ils ont l'oreille aussi, mais qui n'est attentive
Qu'aux rythmes et qu'aux chants légers,
Et le bruit de la voix humaine les captive,
Mais les mots leur sont étrangers.
Et la parole, ils l'ont, mais juste assez pour dire:
"Ma mère!" dans un bégaîment,
Oh! langage divin qui s'achève en sourire!
Parole qui jamais ne ment!
Ils ont, les chers enfants, nos yeux, notre visage;
Ils agitent de petits bras;
Les anges sont, ainsi, créés à notre image,
Mais ils ne nous ressemblent pas.