Au long des eaux pâles

R. Herberigs

Au long des eaux pâles, dans ces vallées

De lune et de saules argentées,

Au bleu crépuscule, deux à deux,

Une main sur l'épaule,

Ou seules,

De lentes Ombres se promènent:

Ce sont les Âmes.

Etrangères à la terre, elles viennent,

-- Par quelles voies de nuit profonde

Et quelles landes d'asphodèles? --

Vers cette étoile de l'Eden,

Où c'est pour elles

L'autre monde.

En vain je demande en leur tendant les bras

Êtes-vous heureuses?

Pas une d'elles qui réponde.

Elles ne comprennent pas.

Elles passent silencieuses,

En un pâle sourire;

Au sein du bonheur elles soupirent.

Ni les roses et leurs arômes,

Ni ces beaux rivages où croît

La fleur de l'hyacinthe et la fleur du dictame,

N'ont dissipé le vague effroi

Et l'amertume de ces âmes;

Elles ont souffert autrefois.

Ce sont des Ombres; et l'ombre les enchante...

Sois-leur douce, ô Lumière, touche-les doucement,

Suavité divine, Coupe où le ciel repose,

Dont elles n'approchent qu'en tremblant,

Et les paupières closes.