D'un pas trainant, comme affaibli, l'heure s'en va

J. Ropartz

D'un pas trainant, comme affaibli, l'heure s'en va,

Ne laissant d'elle qu'un peu d'ombre sur le sable.

Il faut la suivre encor dans sa marche inlassable

Et ressonger en vain la halte qu'on rêva.

Fermons les yeux, ma calme soeur, et soyez forte;

J'emporte notre amour crucifiée en moi

Avec l'espoir qu'une aube neuve et votre foi

Des linges du passé susciteront la morte!

Et c'est en sanglotant pourtant qu'on se résigne.

Le Seigneur a chassé l'ouvrier de sa vigne,

Et celui-ci croise les bras, s'arrête... et fuit.

Le soir tombe, fermons les yeux, ma calme amie.

L'eau, veuve des divins cygnes, s'est endormie,

Notre âme flotte à la dérive dans la nuit.