J'eus pitié de mon âme

S. Pugno

J'eus pitié de mon âme après cette aventure...

Alors je l'emmenai sans façon voyager.

Elle était la brebis et je fus le berger,

Qui devais lui trouver une fraîche pâture.

Mais elle dédaigna la tranquille nature,

Se plaisant, tout le temps du séjour, à songer,

A souffrir, à pleurer, à se décourager.

Pourtant notre maison dormait dans la verdure,

Le soleil printanier en faisait les honneurs,

Les fleurs s'abandonnaient aux mains des promeneurs;

C'était pour des amants un nid invraisemblable!

Mon âme ne vit rien, n'aima que sa douleur,

Et le long du jardin ne prit pas une fleur;

J'ai pitié de mon âme, elle est inconsolable.