Épicurienne

V. Massé

Pour boire dessus l'herbe tendre

Je veux sous un laurier m'étendre,

Et veux qu'Amour, d'un petit brin

Ou de lin ou de chènevière

Trousse au flanc sa robe légère,

Et, mi-nue, me verse du vin.

L'incertaine vie de l'homme

De jour en jour se roule comme

Aux rives se roulent les flots:

Puis après notre heure dernière

Rien de nous ne reste en la bière

Qu'une vieille carcasse d'os.

Je ne veux, selon la coutume,

Que d'encens ma tombe on parfume,

Ni qu'on y verse des odeurs;

Mais tandis que je suis envie,

J'ai de me parfumer envie,

Et de me couronner de fleurs,

De moi-même je me veux faire

L'héritier pour me satisfaire;

Je ne veux vivre pour autrui.

Fol le Pélican qui se blesse

Pour les siens, et fol qui se laisse

Pour les siens travailler d'ennui.