Icare

V. Massé

Icare est chu ici, le jeune audacieux,

Qui pour voler au Ciel eut assez de courage:

Ici tomba son corps degarni de plumage,

Laissant tous braves coeurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d'un esprit glorieux,

Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage!

Ô bienheureux malheur, plein de tant d'avantage

Qu'il rende le vaincu des ans victorieux!

Un chemin si nouveau n'étonna sa jeunesse,

Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse;

Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,

Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture:

Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau?