La victoire

V. Tommasini

Elle m'a dit: « Qu'as-tu fait pour mériter de me posséder? »

Sa chevelure s'était répandue sur ses épaules,

et ses mains me repoussaient.

Elle me dit encore: « Ignores-tu que l'amour est un combat?

O toi, le plus valeureux des hommes,

accepterais-tu de triompher sans avoir livré bataille? »

Elle sourit avec dédain, puis elle recula dans l'ombre.

Ses yeux rencontrèrent mes yeux,

et mon cœur eut un frisson.

Elle continua: « Qu'as-tu fait pour mériter

que je m'abandonne dans tes bras?

Ignores-tu qu'un porteur d'étendard

est toujours un guerrier courageux?

O toi, qui as reçu plus de blessures que Dhâl,

la panthère enchantée,

craindrais-tu la souffrance d'amour? »

J'ai pris doucement ses mains, et j'ai murmuré:

« Peut-être... »

Le crépuscule commençait.

Jaloux, le soleil s'était-il caché

parce qu'elle avait consenti à m'apparaître nue?

Elle laissa ses mains dans les miennes, et elle répéta:

« Qu'as-tu fait pour mériter de me posséder? »

Que pouvais-je répondre?

Ne savait-elle pas que j'allais être victorieux?

Au loin, dans la plaine, un pasteur attardé

chantait une chanson joyeuse.

Je lui ai dit:

« Ecoute! »