Bruges au loin

V. Vreuls

Bruges et ses clochers de pierre

Et Saint-Sauveur et Notre-Dame

Montent, tels des géants, dans l'air.

Mais le plus haut, mais le plus clair,

Celui dont le cadran de flamme,

Comme un soleil luit sur les toits,

C'est le beffroi:

Il regarde jusqu'à la mer.

Jour de Juin — ciel tranquille.

Toute la ville

N'est que clartés et que rayons:

Les lucarnes de ses pignons

Comme des morceaux d'or scintillent.

De Heyst et de Wendune,

On l'aperçoit, du haut des dunes,

Régner sur l'horizon flamand:

Ses tours, l'autre après l'une,

Comme des blocs de diamant,

Sortent de l'ardente poussière

Que lui fait la trop forte et torride lumière.

Elle apparaît ainsi, comme enflammée

Dans l'atmosphère ardente,

Ses toits pliés semblent des tentes

D'une poudreuse et fulgurante armée;

Quand ses cloches et ses bourdons fidèles

Sonnent et sonnent,

Toute la campagne est vibrante d'elle;

Et les chemins et les sentiers des horizons,

Au bruit tonnant des soirs profonds,

Et les routes des hameaux

Et des plages et des villages,

Et les eaux mêmes des canaux

Semblent marcher d'accord,

À travers le pays qu'elle s'adjuge,

Vers cette gloire en cendre et or:

Bruges!