Les gars de la mer

V. Vreuls

Ceux qui sont beaux parmi les gars de Flandre

Ont le visage rude et les cheveux ardents,

La bouche forte et l'étau blanc des dents

Construit pour mordre et pour largement prendre.

Au mouvement de leurs longs pas,

Le roulis de la mer se marque;

Ils sont balourds comme leurs barques

Et tenaces comme leurs mâts.

Leurs fronts? L'idée avec lenteur y bouge:

Ils se taisent des heures et des jours;

Ils sont calmes et lents dans leurs amours,

Autant qu'ils sont brutaux dans leurs ruts rouges.

À la fois mornes et puissants.

Se méfient-ils? — Sont-ils timides?

Mais qu'en leur âme ils se décident,

Leur dévoûment va jusqu'au sang.

Race taciturne, race profonde,

Race des Nords rugueux, race d'hiver,

Avec des colères comme la mer

Et des entêtements de roc, sous l'onde.

Leurs bras n'ont peur de se charger

Des vieux devoirs qu'on leur enseigne;

Ils croient à mesure qu'ils craignent

Et que leur vie est le danger.

Pourtant, les jours de Kermesse gourmande,

Ils déchaînent si largement l'instinct

Que leurs désirs rageurs semblent des chiens

Qui déchirent ensemble un bloc de viande.