Triomphe

Y. Nazare-Aga

Quatre chevaux d'un blanc sans tache

Sont attelés à mon char d'or,

Dans la main je tiens une hache,

Sur le ciel bleu mon œeil s'attache,

A mes pieds ma panthère dort.

La ville hier était immense;

Les hommes grouillaient par milliers.

Mais tout finit quand je commence.

Se croire fort! vaine démence,

Chûte risible sous mes pieds!

Il fait une chaleur de forge,

Tant les palais flambent au vent;

On pille, on saccage, on égorge;

Demain il poussera de l'orge

Où fut tout ce fracas vivant.

Les vierges à part sont laissées.

Je leur ai dit: jetez des fleurs.

Avec des poses cadencées,

Par elles des fleurs sont lancées

Au meurtrier de tous les leurs.

On épargne aussi les poètes.

Je leur ai dit: faites-moi Dieu.

Ils ont pris la lyre des fêtes

Et chantent, assis sur des têtes,

Aux portes des palais en feu.