Ce sable fin et fuyant

A. Caplet

J'ai pris du sable entre mes mains

Au bord de la mer qui dans l'ombre murmure

J'ai pris du sable fin comme ta chevelure

Entre mes mains.

L'ombre ce soir avait une douceur humaine

Et la mer que je ne voyais pas

Haletait près de moi comme ton haleine,

Quand je te serre entre mes bras

Je faisais frissonner entre mes doigts fébriles

ce sable fin et fuyant.

Le passé pesait sur ma poitrine

comme un corps défaillant.

Mais la rafale vint impitoyable.

Trésor misérable et doux

d'un peu de sable que disperse le vent jaloux.

Et j'ai senti mes mains vides et désolées

Tandis qu'auprès de moi

La mer pleurait comme ta voix

Le soir inoubliable où tu t'en es allée.