Vendange

A. Castillon

L'aube allume sur les coteaux,

L'éclair des serpes aiguisées:

Courez, faucilles et couteaux,

Au travers des feuilles rosées.

Le cep aux ramures brisées

Gémit ainsi qu'un être humain.

-- Douleur étrange!

Myrto, pareil à la vendange,

Mon cœur a saigné sous ta main!

Midi qui verse le sommeil

Descend de la vigne à la plaine.

Les vendangeurs, troupeau vermeil,

Dorment sous sa brûlant haleine.

Celle qui veille pour ma peine

Ceint son front d'un raisin sanglant.

-- Parure étrange!

Myrto, pareil à la vendange,

Mon désir étreint ton front blanc.

[Dans les sourds tonneaux, jusqu'au soir,

Les hottes se sont écroulées.

À l'aigre refrain du pressoir

Se mêlent des chansons ailées.

L'enfant, sur les grappes foulées

Saute avec un rire ingénu.

-- La danse étrange!

Myrto, pareil à la vendange,

Je suis meurtri sous ton pied nu!]