Le tombeau d'une jeune courtisane
A. Cuvelier
Ici gît le corps délicat de Lydé, petite colombe,
la plus joyeuse de toutes les courtisanes,
qui plus que toute autre aima les orgies,
les cheveux flottants, les danses molles
et les tuniques d'hyacinthe.
Plus que toute autre elle aima
les glottismes savoureux, les caresses sur la joue,
les jeux que la lampe voit seule et l'amour
qui brise les membres. Et maintenant,
elle est une petite ombre.
Mais avant de la mettre au tombeau,
on l'a merveilleusement coiffée et on l'a couchée
dans les roses; la pierre même qui la recouvre
est tout imprégnée d'essences et de parfums.
Terre sacrée, nourrice de tout, accueille
doucement la pauvre morte, endors-la dans tes bras ô Mère!
et fais pousser autour de la stèle,
non les orties et les ronces,
mais les faibles violettes blanches.