La Princesse de Neige

A. Georges

Bises su Nord, sonnez le glas!

Par la forêt désespérée

Le Prince Oswald, entre ses bras,

A vu mourir sa bien aimée.

Et, prenant le corps déjà froid d'Elsa, la mignonne princesse,

L'emporta sur son palefroi vers la mer, qui gémit sans cesse.

Sur quels morts versent donc les flots leurs larmes amères,

Sur quels morts versent donc les flots d'éternels sanglots?

Comme il allait ensevelir

Son amoureuse sur la plage,

On le vit de neige pétrir

Une statue à son image.

Puis, de son poignard il tailla dans la glace une étroite bière,

Où doucement la déposa et rendit le corps à la terre.

Longs baisers que donnent les flots au sable des grèves,

Posez-vous longs baisers des flots sur ses yeux mi-clos.

Sur un grand iceberg errant

Qui longeait alors la Norvège

Le prince amoureux, en pleurant,

Embarqua son Elsa de neige.

Puis, à ses cotés il chanta un chant d'amour que répéta l'écho faiblissant de la rive,

En s'en allant à la dérive.

Nos deux cœurs battus par les flots s'en iront ensemble,

Nos deux cœurs battus par les flots jusqu'au fond des eaux.

Longtemps sur la mer en fureur

L'iceberg erra par le monde

Emportant avec le chanteur

La petite princesse blonde.

Mais un jour le soleil brilla et fondit l'image adorée

Qui telle une âme s'envola en légers flocons de fumée.

Quel brouillard a donc sur les flots mis sa mante obscure?

Quel brouillard a donc sur les flots jeté son manteau?

Or tandis qu'Osswald dans les cieux

Regardait la fumée errante,

Les flocons soudain à ses yeux

Prirent la forme de l'amante.

L'iceberg, à demi brisé, sombrait alors dans une lame,

Mais le spectre, dans un baiser, du prince éperdu cueillit l'âme!

Spectres blancs qui rasez des flots la nappe azurée,

Spectres blancs qui rasez les flots, cessez vos sanglots.