Le beau pirate

A. Georges

Le beau pirate en abordant me dit: « La belle,

Si j'ai conduit en occident ma caravelle,

C'est pour ravir à son pays dont la neige couvre la terre

La vierge blonde, au teint de lys, qui rêve triste et solitaire. »

Moi, je lui répondis: « Va-t'en, quitte nos fiords, laisse nos grèves,

Pirate au langage insolent, qui veux m'arracher à mes rêves. »

Le beau pirate alors me dit: « Sur mon navire

Tu côtoieras jusqu'au midi plus d'un empire,

Tu pourras, à ton tour, railler l'astre brumeux de ta patrie,

Envoyant le soleil briller sur les minarets de Turquie. »

Moi je lui dis: « Le Temps s'enfuit dans ton pays comme en le nôtre,

Et notre soleil de minuit a de plus beaux rayons que l'autre! »

Mais le beau pirate ayant mis, le mauvais drôle,

Sa main de fer aux doigts brunis sur mon épaule.

« Allons, » dit-il en m'empoignant, « contente ou non, il faut me suivre,

Et dans le harem du Sultan, tu verras comme il fait bon vivre. »

Mais, de mon poignard le frappant, je desserrai ses mains infâmes

Et lui criai: « Dis au Sultan que le Norway garde ses femmes! »