La Sorcière de Finmarken
A. Georges
Dans la forêt enchantée
De la vieille par Merlin
Autrefois abandonnée,
Je me perdis un matin,
Quand la sorcière méchante
Sur mon chemin se dressa,
Criant d'une voix sifflante:
« Halte-là! »
Me dit l'affreuse bourrelle:
« Pour t'apprendre une autre fois
Qu'il ne faut, Olga, ma belle,
T'aventurer en mes bois,
Je veux que le sort t'enchaine
Jusqu'au matin du sabbat.
Toute nue au pied du chêne
Que voilà! »
Et la chair contre l'écorce,
Enchainée étroitement,
Je restai, morne et sans force,
Quatre jours, l'esprit dément.
Quand, par la forêt obscure,
Un beau chevalier passa,
Fit arrêter sa monture
Et sauta.
En me voyant toute nue
Déroula mes cheveux d'or,
M'ayant en suite entendue,
Me délivra sans effort.
Puis, appelant la sorcière
D'un olifant qu'il sonna,
A ma place en la clairière
L'enchaina.
Aux pieds de la vieille blême
Qui geignait terriblement,
Merlin, car c'était lui même,
Me prit un baiser d'amant.
De cette étreinte légère
La vieille tant enragea,
Que son dur cœur de mégère
En creva!