Au poète
A. Magnard
N'alanguis pas ton âme à de vaines chimères;
Mais courbant ton vouloir sous des efforts puissants,
Chasse la décevante illusion des sens.
Car les rêves d'amour, vois-tu, sont éphémères.
Lorsque tu vois, pendus aux seins féconds des mères,
Les enfants aux grands veux d'azur si caressants.
Tu les voudrais à toi peut-être et tu ressens
A vivre délaissé des tristesses amères;
Mais si le ciel t'a fait poète, tu dois, seul,
Parcourir les sentiers où le rêve te mène,
Enveloppé dans l'art comme dans un linceul.
Reste libre de toute affection humaine,
E quand la mort viendra les anges poseront
Le diadème lourd des mages à ton front.