Nocturne
A. Magnard
Oh! la douceur d'errer la nuit dans la campagne!
Oh! la douceur de vivre et de ne plus penser.
La douceur de se perdre en l'infini des choses.
Cependant que la lune aux regards opalins
Se mire en les remous du fleuve,
Les tilleuls argentés, les marronniers, les chênes,
Les châtaigniers épais se figeant dans l'azur,
Et les bouleaux nimbés d'une blancheur laiteuse,
Et les grands peupliers, et les trembles graciles,
Et les saules parés des diamants du ciel,
Me révèlent l'inconscience;
Cependant que la lune aux regards opalins
Se mire en les remous du fleuve,
Oh! la douceur d'errer la nuit dans la campagne!