Écot de joyeux compagnons -- Histoire d'un rat

Berlioz, Hector

BRANDER (frappant sur la table):

Attention! une chanson de la plus nouvelle facture!

et répétez bien haut le refrain avec moi!

Certain rat dans une cuisine

Établi, comme un vrai frater

S'y traita si bien, que sa mine

Eût fait envie au gros Luther.

Mais un beau jour, le pauvre diable,

Empoisonné, sauta dehors,

Aussi triste, aussi misérable

Que s'il eût eu l'amour au corps.

Que s'il eût eu l'amour au corps!

Il courait devant et derrière,

Il grattait, reniflait, mordait,

Parcourait la maison entière;

La rage à ses maux ajoutait

Au point qu'à l'aspect du délire

Qui consumait ses vains efforts,

Les mauvais plaisants pouvaient dire:

Ce rat a bien l'amour au corps!

Dans le fourneau le pauvre sire

Crut pourtant se cacher très bien,

Mais il se trompait; et le pire,

C'est qu'on l'y fit rôter enfin.

La servante, méchante fille,

De son malheur rit bien alors.

"Ah! disait-elle, comme il grille,

Il a vraiment l'amour au corps!"

Il a vraiment l'amour au corps!

SIEBEL

Comme ces plats coquins se réjouissent!

c'est un beau chef-d'œuvre à citer

que l'empoisonnement d'un pauvre rat!