Chanson à boire

Berlioz, Hector

Amis, la coupe écume!

Que son feu rallume

Un instant nos coeurs!

Du bonheur ce gage

N'est que de passage.

Noyons nos douleurs!

Oh! ne crois pas qu'á mon âme

Les tourments soient épargnés!

Mes chants, échos de ma flamme,

Seront toujours de larmes imprégnés.

Ce sourire qui rayonne

Sur mon front sombre et pensif

Est semblable á la couronne

Dont on pare un roi captif.

Mais la coupe écume; etc.

Les plus heureux sur la terre,

Que comptent-ils de plaisirs,

Sans quelque pensée amère,

Quelques fatals et tristes souvenirs?

A l'âme tendre et sensible

Le moindre mal est cuisant,

Comme a l'arbrisseau flexible

Un roitelet est pesant.

Mais la coupe écume; etc.