Le voyage

C. Koechlin

Mais non, mieux vaut rester ici

Et conserver l'illusion charmante,

la nuit s'en vient avec sa mante

Toute brodée d'étoiles d'or;

Le ciel violacé s'obscurcit,

Et la ville, au bord de l'eau qui chante,

Mystérieusement s'endort.

Et moi aussi, ce soir d'automne,

J'écouterai dans mon sommeil,

Par la croisée la vieille mer

Et sa berceuse monotone

Tout bas jouée par d'invisibles instruments,

Et le merveilleux mensonge inventé

Par l'enchanteur de cette heure brève

Me sera sans doute plus cher demain encore,

Car le songe est plus beau que la réalité,

Car les plus beaux pays sont ceux que l'on ignore,

Et le plus beau voyage est celui fait en rêve.