L'amour blessé
C. Saint-Saëns
Le petit enfant Amour
Cueillait des fleurs à l'entour
D'une ruche, où les avettes
Font leurs petites logettes.
Comme il allait les cueillant,
Une avette sommeillant
Dans le fond d'une fleurette
Lui piqua sa main douillette.
Sitôt que piqué se vit,
« Ah, je suis perdu! » se dit,
Et, s'en courant près de sa mère,
Lui montra sa plaie amère;
« Ma mère, voyez ma main,
Ce disait Amour, tout plein
De pleurs, voyez quelle enflure
M'a fait une égratignure! »
Alors Vénus se sourit
Et en le baisant le prit,
Et sa main lui a soufflée
Pour guérir sa plaie enflée.
« Qui t'a, dis-moi, faux garçon,
Blessé de telle façon?
Sont-ce les Grâces riantes,
De leurs aiguilles poignantes?
-- Nenni, c'est un serpenteau,
Qui vole au printemps nouveau
Avecques deux ailerettes
Ça et là sur les fleurettes.
-- Ah! vraiment je le connais,
Dit Vénus; les villageois
De la montagne d'Hymette
Le surnomment Mélicerte.
Si doncques un animal
Si petit fait tant de mal,
Quand son alène époinçonne
La main de quelque personne,
Combien fais-tu de douleur,
Auprès de lui, dans le cœur
De celui en qui tu jettes
Tes venimeuses sagettes? »