Amoroso

C. Saint-Saëns

Elle me demandait:

"Que deviennet les roses

Que je vois se flétrir et mourir?

Vont-elles au néant

Comme vont toutes choses?"

Et je lui répondis:

"Sur votre joue en fleur

Les roses, en mourant,

Ont laissé leur couleur."

Elle me demandait

Pourquoi des violettes

Le tendre bleu pâlit

Si prématurément.

Et je lui répondis

Que dans son œil charmant

Ces gentiles fleurettes

Avaient voulu laisser

Leur teinte que le temps

Ne saurait effacer.

"Dis-moi pourquoi la brise,

Qui nous grise

En été

Et souffle son haleine

Chaude de volupté,

Cesse-t-elle, soudain,

L'hiver, sa cantilène?"

Je lui dis: "Dans ta voix

J'entends de cet été

Toutes les harmonies

Infinies

Qui chantaient dans la plaine

Et murmuraient au bois."

"Hélas!" dit-elle enfin,

Que n'ai-je la puissance!

Je voudrais arrêter le printemps

Dans son cours!"

Cher ange, ton sourire,

Exquis d'adolescence,

Est pour moi l'éternel

Mois de mai des amours!