Sunt lacrimae rerum

C. Widor

Ô mon divin amour, fleur belle entre les belles,

Rêve demeuré rêve, ô secret sans aveux,

Reste comme un bouquet de jeunes immortelles,

Reste sur mon sein douloureux!

Quand l'âcre désespoir à l'ardente agonie

Mord jusqu'au sang mon cœur et le fait rejaillir,

Passe comme une brise, oh! sois mon bon génie,

Doux parfum de mon souvenir!

Sois ma fleur du désert au matin respirée!

Dans mes brûlants sentiers sois l'ombre et la fraicheur;

En plein déchirement sois ma fête ignorée,

Ô relique de mon bonheur!

J'ai connu le printemps, moi dont l'âme est éteinte!

Où croissent les soucis, les lis montaient jadis.

Mais les songes sacrés dont j'ai gardé l'empreinte,

Je ne les ai jamais redits!

Il est dans le passé des heures lumineuses,

Ciel d'avril éclatant à qui rien n'est pareil:

Inondez de rayons, heures mystérieuses,

Mon cœur sans joie et sans soleil.