La divine musique!

Debussy, Claude

DIANE

La divine

Musique! Ravissant les monts aériens,

Malgré moi ce doux bruit m'attirait, et je viens!

Personne. Ai-je rêvé? Que la nuit est brûlante!

D'où vient que regardant la nue étincelante,

Je soupire? D'où vient que mes yeux furieux

S'épouvantent de voir les étoiles des cieux,

Que je m'égare seule, ayant laissé mes armes,

Et que, pâle d'horreur, je bois l'eau de mes larmes?

Je pleure ton parjure, infidèle Glaucé!

Le poison que je bois, c'est toi qui l'as versé.

La haine est dans mon sein. Le feu qui me dévore

C'est le courroux. Hélas! pourquoi mentir encore?

Non, ce n'est pas la haine! toi, qui me poursuis,

Quel es-tu? Connais-tu ma peine et mes ennuis!

Celle dont le glacier vierge était le royaume

Tremble, pâle victime éprise d'un fantôme.

La vision, toujours!

[Un enfant! Qu'il est beau!

Doux incarnat de rose! Oh! jamais le flambeau

De la nuit n" éclaira des formes si divines!

C'était lui, c'était lui, mon cœur, tu le devines,

Que me montrait toujours la blanche vision!

Ce fantôme charmant de mon illusion

Était là, près de moi, dormant dans la ravine,

Et c'est pourquoi tu bats si fort dans ma poitrine!]

Il est là, radieux, apaisé, triomphant.

Oh! donner un baiser chaste à ce front d'enfant,

Et mourir! Mon secret dans le bois qui frissonne

Restera. Qui jamais peut le savoir? Personne.

Quant à lui, mon pouvoir empêche, si je veux,

Qu'il ne s'éveille. O dieux! sur l'or de ses cheveux

Poser ma lèvre, et puis... Ah! qu'ai-je dit! ruisselle

Encor, source des pleurs, je suis une immortelle!

Fuyons. Je n'irai pas. Je ne veux pas. [Je suis

La divinité morne et farouche des nuits,

Qui teint ses mains de sang en son mâle délire!

Fuyons. Je ne peux pas.] Non, mon cœur se déchire!

Eh bien, voile-toi donc, lumière! Voilez-vous,

Flammes, clartés, flambeaux, regards du ciel jaloux!

Astres qui de l'azur brûlant fixez en foule

Sur moi vos yeux railleurs, éteignez- vous! Je foule

Aux pieds ma froideur sainte et ma divinité,

Et pour me repentir j'aurai l'éternité!

Sur son visage l'ombre errante du platane

Rit. Ne t'éveille pas, divin enfant!