De la flûte au cor
G. Enescu
Un cor murmure au fond des bois,
Lointainement;
Des flûtes, près du lac dormant,
Comme des voix,
Douces, doubles, jasent à peine,
En modulant
Des répons alternés que mène
Un rythme lent.
L'une grave, l'autre plus claire
Se mêle au cor,
Se ralentit ou s'accélère,
Dans le soir d'or;
Puis toutes deux croisent parfois
Leurs jeux légers,
Comme sur leurs trous les bergers
Croisent les doigts.
Elle chantent ainsi longtemps,
Au fond du soir,
Leur doux chant double de printemps,
D'aube et d'espoir;
Puis confondant leur chanson cœur
Qui tremble encore.
Meurent dans l'immense douceur
Du cor sonore...
Et ces deux chants, l'un plus ardent,
L'autre plus doux,
C'est nos âmes bu répondant
Du fond de nous;
C'est d'abord ton âme et la mienne
Chantant à peine,
Et luttant d'abord comme lutte
La double flûte;
C'est ton âme douce de femme,
Et c'est mon âme
Plus sonore et plus triste d'homme
S'unissant comme
S'unissent parmi la rumeur
Du cor éteint
Ces flûtes tendres dont se meurt
L'accord lointain.