L'ombre est bleue

G. Enescu

L'ombre est bleue et la nuit palpite d'ors tremblants

Dans l'azur, on croit voir flotter des voiles blancs

Qui frémissent au souffle onduleux du mystère:

Les longs voiles trainants des anges de la terre

Qui montent vers les cieux, sans fin, sans bruit, en une

Ascension dont l'essor tremble au clair de lune.

N'entends-tu pas dans l'infini battre leurs ailes?

Les étoiles, au chant des sphères éternelles,

Palpitent dans le vent de ces ailes rythmées,

Qui lentement, parmi les ombres embaumées

Et le sommeil immense et bleu de toutes choses,

Éventent le silence et font pâmer les roses.