Nocturne

G. Lekeu

Des prés lointains d'azur sombre

où fleurissent les étoiles,

descend, lente et précieuse, le caresse d'un long voile

d'argent pâli dans le velours de l'ombre.

Aux branches des bouleaux, des sorbiers et des pins,

la tenture suspend ses longs plis de mystère

où dort le sommeil des chemins

et l'oublieuse paix du rêve et de la terre.

L'air frais et pur, dans les feuillées,

Laisse mourir un lent soupir

Si doux qu'il semble le désir

Des défuntes vierges aimées

Cherchant l'invisible joyau

Que va berçant, près du ruisseau,

La chanson murmurante et douce.

De l'onde rieuse en la mousse...

La lune resplendit comme une agraffe d'or!

et, parfumant la plaine heureuse,

la bruyère s'endort

dans l'ombre lumineuse.