Sur une tombe

G. Lekeu

…Il suffit que l'on cueille

De quoi parfumer d'une feuille

L'oreiller du lit d'un cercueil

--Alphonse Lamartine, from "Les pavots"

La printanière et douce matinée

est pleine du parfum des nouvelles fleurs;

La caresse du vent berce les jeunes feuilles du parc

silencieux du Mystère de la Mort.

Sous ces roses, dont jadis

tu as aimé les sœurs,

tu reposes, tu reposes, pure, inoubliable Amie,

en ton immortelle pâleur.

Les soirs d'hiver, où ma pensée

a revécu ton souvenir, se sont enfuis;

et c'est ta tombe qu'aujourd'hui

j'ai voulu revoir.

Oh! puisses-tu, de cette tombe aimée

où les violettes et les roses protègent

doucement ton paisible sommeil,

puisses-tu respirer la senteur

triste et tendre de l'immortelle

fleur qu'en mon cœur fit éclore

notre Amour éternel!