Ronde

G. Lekeu

Venez, venez, mêlez-vous à la ronde

Qui chante dans la clarté blonde,

Tombant du ciel étoilé.

Ne restez pas à regarder la danse,

Rhytme troublant qui se balance

Sous votre oeil songeur et voilé.

Venez, apportez-nous votre divin sourire,

Votre douce beauté;

Près de nous vous entendrez bruire

Les murmures d'amour de ce beau soir d'été.

Venez, venez, mêlez-vous à la ronde;

Il n'est pas de peine profonde

À votre âge ensoleillé.

Vous savez bien que tout ici vous aime,

Que vous êtes la joie suprême

De l'univers émerveillé.

Laissez se ranimer, ô ma belle oublieuse,

Votre coeur endormi:

Avec nous veuillez être heureuse,

Et soyez infidèle à l'infidèle ami.

Venez, venez, mêlez-vous à la ronde

Qui tourbillonne comme l'onde

Dans le parfum des baisers;

Venez goûter notre amoureuse ivresse:

Tout l'infini de la caresse

Palpite en vos yeux baissés.

Les amantes viendront, folles, l'une après l'une,

Vous prendre par la main,

Et vous verrez fuir, dans le clair de lune,

Votre bonheur sans lendemain.