Hymne à l'aurore

J. Canteloube

Je me compare à l'herbe,

Aux sources, aux ramures,

Aux rivières tour à tour claires ou impures,

Traîneuses des bleus ciels d'été,

Des graviers noirs,

Reflétant le rivage et le jour et le soir.

Aux prés, aux champs, aux bois,

Aux vallons où je passe,

Je chante la nature et sa robuste grâce.

Ainsi que l'arbre plie

Et se courbe et se tord

Je confie aux grands vents

Les branches de mon sort.

Les nuits d'été me font frémir à toutes feuilles.

Dans l'automne cuivreux mes songes se recueillent

La lune est mon amie.

Aux lyriques oiseaux

Je prête l'ombre vive et verte des rameaux.

Ô Pan! Ô, ô Pan!

Je sens trembler en moi les mêmes veines

Que celles des bois lourds

Et des sources sereines.

L'aurore se soulève aux montagnes d'azur.

Donne à ma lyre en feu

Les accents les plus purs

Afin que j'assouplisse aux cadences divines

La verdure et les fruits

Qui pèsent aux collines.

L'ombre fuit, dans le jour

La terre d'or renaît.

Le monde chante et brille

En mes yeux étonnés

Et, sous le poids du soir

Et de la nuit fervente,

Mon âme s'ouvre

Ainsi qu'une aube étincelante!

Ô, ô Pan!