Offrande à l'été

J. Canteloube

Je veux aller vers toi

Dans la pensive nuit,

Été, pressant le corps candide

De l'aimée dont le sein apeuré, vierge,

Sous les doigts fuit et l'âme

Pour jamais sous ma lèvre est fermée,

Et, pressant dans mes bras

Le tiède et blanc fardeau

Sous la lune au profil exquis,

Sur la colline,

Je la tendrai

Vers tes étoiles,

Vers les eaux,

Le calice des lis,

Les roses purpurines,

Afin que ton sourire

Et tes doigts gracieux,

Se reposant sur elle

Où l'éclat se reflète

De ta forme éternelle

Et suave de Dieu

Fassent que sa beauté

Reste à mes yeux parfaite.

Devant les pampres verts

Et les vieux oliviers,

Un soir, je te ferai

Cette offrande vivante,

Et tu consacreras notre premier baiser.

Saison des beaux désirs

Et de la terre ardente!