Lunaire

J. Canteloube

Aux sources traversant

Les grands draps des prairies

Les cressons frais

Et bleus abritent les crapauds

Qui lancent d'une voix douce,

Jamais tarie dans la lune,

Leur musical et même mot.

Des linges sont restés aux buissons

Des lessives...

Les arbres des jardins de mai

Sentent leurs fleurs invisibles

Tomber à la note plaintive

Qui vient des prés d'argent

Comme d'amoureux pleurs.

Le cerisier léger,

Le bouleau pâle et tendre,

Évaporent un clair feuillage adolescent

Et s'illuminent jusqu'à ne devenir que cendre

Sous le vague baiser de l'azur caressant.

Les flûtes des cressons

Chantent leur pur nocturne...

La lunaire clarté glisse dans les ruisseaux,

Inonde la vallée ainsi qu'une grande urne

Et remplit l'âme des hommes

Et des troupeaux.