Le flacon

J. Duprato

Tout neuf est le flacon, la liqueur est nouvelle;

Mais elle est capiteuse et vous monte au cerveau.

Pour calmer les ardeurs qui se trouvent en elle,

Pendant plusieurs longs mois on la met au caveau.

Et le flacon blanchit sous la grise dentelle,

Que tisse l'araignée en soyeux écheveau;

Il s'altère au dehors, mais au dedans recèle

Un nectar pur et doux comme le renouveau.

Tel est le cœur de l'homme en sa verte jeunesse;

Plein de feu, plein d'amour et rude en sa caresse.

Il brûle, il est ardent: La flacon n'a qu'un jour!

Mais la neige des ans bien vite le recouvre,

Et le cœur s'adoucit; alors, quand il s'entrouvre,

La tendresse en jaillit qui remplace l'amour.