Le premier baiser
J. Duprato
Nos bonheurs les plus chers sont prompts à s'épuiser;
La mémoire souvent en garde à peine trace.
Mais le cœur porte en soi, toujours jeune et vivace,
Le charme répandu dans le premier baiser!
Baiser délicieux qu'on voulait refuser,
Qu'on a reçu pourtant, que nul autre n'efface,
Et qui sommeille pur, à l'invisible place,
Où l'amour vint lui-même autrefois le poser.
Et le temps peut s'enfuir, les ans peuvent se suivre;
Certain jour, par hasard, s'élève un chant lointain
Ou quelque ancien parfum dont jadis on fut ivre;
Tout se ranime en vous, tout frissonne, et soudain
Dans sa fraîcheur première et sa première flamme
Le baiser qui dormait s'éveille et remplit l'âme!