L'aïeule
J. Faure
Que dit l'aïeule,
Quand elle est seule
Avec Loïs,
Fils de son fils?
« O toi, ma force et ma faiblesse,
Joie et tourmant,
Tu me fais chérir ma vieillesse,
Mon doux amant.
Je suis ta servante, ô mon maître,
Heureuse de te voir heureux;
Tu fais de moi ce que tu veux.
Dépêchons-nous; bientôt peut-être
Grand' mère ne sera plus là.
Allons, Loïs, embrassez-la. »
Que dit l'aïeule,
Quand elle est seule
Avec Loïs,
Fils de son fils?
« Garde-toi bien de leur redire
Ce que je dis:
Tu seras beau comme un sourire
Du paradis.
Je me figure que ta tête
Aura des rayons éclatants!
Toutes les femmes dans vingt ans
Se disputeront ta conquête!
Grand' mère ne sera plus là.
Allons, Loïs, embrassez-la. »
Que dit l'aïeule,
Quand elle est seule
Avec Loïs,
Fils de son fils?
« Sois sage, mais pas trop en somme;
Songe souvent
Qu'il faudra que tu sois un homme,
Petit enfant!
Mon descendant à barbe blonde
Sera fier avec les puissants,
Benin avec les innocents
Et loyal envers tout le monde.
Grand' mère ne sera plus là.
Allons, Loïs, embrassez-la. »
Que fit l'aïeule?
Elle était seule
Avec Loïs,
Fils de son fils.
Tout en berçant l'enfant qu'elle aime
Sur ses genoux,
Le sommeil la prit elle-même
Profond et doux;
On eût dit qu'elle allait rejoindre
Avec un ange entre les bras,
Ceux qui dont endormis là-bas.
Mais quand le matin vint à poindre,
Son âme, hélas! n'était plus là.
Allons, Loïs, embrassez-la!