Naïveté

J. Faure

Ma mère un jour me dit: Ami, quand viendra l'âge,

Où tu seras plus grand, plus libre et plus savant,

Dis qu'avec moi ton cœur ne sera pas volage

Et que vous m'aimerez encor, méchant enfant;

Dis-moi, répète-moi que ces chères caresses,

Je ne les perdrai pas, quand vous aurez vingt ans,

Que ta tendresse, en lutte avec d'autres tendresses,

Ne fondra pas aisi que la neige au printemps.

Oh! ne fais pas de moi la vieille délaissée,

Qu'on oublie au milieu des jeunes entretiens!

Oh! partageons toujours dans la même pensée,

Toi, mes pauvres secrets, mon fils, et moi les tiens!

Moi, j'étais jeune alors, ignorant et candide,

Et je lui dis: peux-tu douter ainsi de moi?

N'es-tu pas à jamais mon bon ange et mon guide?

Qui donc pourra venir que j'aime plus que toi?

Est-il plus doux regards que je doive connaître?

Un souris sur le tien, pourrait-il l'emporter?

Comment un autre amour dans mon cœur, peut-il naître?

Je n'y sens qu'une place et tu dois y rester!

Non, je ne comprends pas tes paroles amères,

Et d'autres que souvent tu murmures tout bas...

Mère, se pourrait-il que j'eusse un jour deux mères?

Pensive, elle sourit et ne répondit pas.