La belle Julie d'Angennes

J. Hignard

Les trois plus grandes deesses,

Dont Pâris sçeut les debas,

Ont disputé des appas

Contre une de nos princesses;

Mais en voyant sa beauté,

Venus mesme l'a quitté.

Les graces ont eu querelle

Sur qui tient le premier rang,

Et qui vient de meilleur sang

D'elles ou mademoiselle:

Tout le ciel sollicita,

Mais la belle l'emporta.

Les plus sçavans en la sphere,

Doutent depuis quelques ans,

Où l'astre qui fait les temps

Tient sa demeure ordinaire;

Si le ciel est son sejour,

Ou le petit Luxembourg.

Au cours du bois de Vincennes

Le soleil a disputé

De lumiere et de beauté,

Avec la belle d'Angennes;

Mais le soleil le perdit,

Aux rayons qu'elle épandit.

Au milieu de sa carriere

Voyant l'éclat de ses yeux,

En vain le flambeau des cieux

Fit redoubler sa lumiere:

Car avecque tous ses feux,

Qu'eust-il fait seul contre deux?

Dans le fond d'un bois antique

Un rossignol disputa

Sur ut, re, mi, fa, sol, la,

Avec la belle Angelique;

Mais le rossignol perdit,

Au doux son qu'elle épandit.

Sur le chemin de Charonne,

Amour tout chargé de traits,

A disputé des attraits

Avec la belle baronne:

Mais le pauvre enfant perdit,

Aux charmes qu'elle épandit.