Berceuse

J. Hignard

Rien n'est plus beau dans le monde

Et plus pur sous le soleil,

Cher enfant, que ton sommeil;

Tu penches ta tête blonde

Et, fermant tes jolis yeux,

Tu dors d'un air gracieux.

Mais quel tableau dont on garde

Un souvenir frais et doux.

Quand ta mère te regarde

Sommeiller sur ses genoux!

Comme au nid tutélaire

Du petit oiseau

Dors enfant, dors, dors,

Dans ce berceau,

Formé des deux bras de ta mère.

C'est un berceau qui te berce.

Si quelque ennui passager

Trouble ton sommeil léger,

Les pleurs, qu'à ton âge on verse,

Aussitôt sont apaisés

Avec ses tendres baisers.

Ce berceau n'a pas de housse,

De dentelles, de rideaux

Mais il sait d'une voix douce

Chanter de charmants dodos.

Comme au nid tutélaire...

Puis son visage fidèle

Guette tes moindres désirs

Et sourit à tes plaisirs

Et la soif entrouvre-t-elle

Ta lèvre rose un instant,

Un pur breuvage t'attend!

Là, ton enfance se passe

Sous le regard maternel

On te nourrit, on t'embrasse,

Dans ce berceau naturel.

Comme au nid tutélaire...