Éveil de l'âme
J. Hignard
Dans ton enfance aux tranquilles soirées
Quand près de toi souvent je travaillais
Je troublais l'air de notes éplorées
Et tu souriais.
Sur le clavier frémissant d'harmonie
Lorsque mes doigts s'agitaient de leur mieux,
Tu les suivais dans leur course infinie
D'un œil curieux.
Tu regardais la touche qui remue
Et tu disais quand en ferai-je autant?
Mais de ces chants, tu n'étais guère émue
En les écoutant.
Ton cœur d'enfant ne savait pas les charmes
Des souvenirs qu'on raconte à la nuit;
Ces chants brisés, pour moi c'étaient des larmes,
Et pour toi du bruit.
Mais depuis lors, l'âge a changé nos rôles
De tes seize ans les mois sont épuisés
Et la jeunesse a frolé tes épaules
De ses doux baisers.
Au vent qui fait épanouir les roses
En soupirant, ton âme a trésailli.
Ce long soupir sur tes lèvres mi-closes,
Je l'ai recueilli.
Et maintenant tu comprends la tendresse
De tout ce bruit où j'aime à me plonger
En modulant le désir qui m'oppresse
Je te fais songer...
Et quand le soir, les yeux baissés, tu penches,
Pour m'écouter, ton front brûlant sur moi,
Je vois des pleurs mouiller les touches blanches
Qui parlent de toi!