Les deux troupeaux

J. Hignard

Déjà depuis le jour naissant,

Allait dans la haute fougère

Le troupeau du berger paissant

Près du troupeau de la bergère.

Vois, dit-elle, nos troupeaux

Que nos chiens en vain rappellent

Cherchant l'ombre et le repos

Sous les saules s'entremêlent.

Qu'importe, dit le berger

Nos doigts en savent le compte

Nous irons les partager

Quand tombera la nuit prompte.

Mais que reste du jour

Se passe à causer d'amour.

Mais que reste du jour

Se passe à causer d'amour.

Tandis qu'au morceau de pain bis

Les deux amoureux faisaient fête,

Génisses, chèvres et brebis

Fuyaient loin de leur tête-à-tête.

...A peine les voyons-nous,

Disait parfois la bergère,

Si tu restes à genoux

Tu ne les garderas guère.

Qu'importe, dit le berger,

Nos doigts en savent le compte.

Nous irons les rechercher

Quand tombera la nuit prompte.

Mais que reste du jour...

Le reste du jour se passa

Tous deux se parlent, se répondent

Et les troupeaux de-ci, de-ça

Se mélangent et se confondent.

Voici la nuit! Quel moyen

Dit en pleurant la bergère

De reconnaître le mien

Du tien, parmi la fougère!

Qu'importe, dit le berger,

Nos doigts en savent le compte.

D'ailleurs, pour tout arranger,

On peut unir sans honte.

Et la nuit comme le jour

Nous pourrons causer d'amour!

Et la nuit comme le jour

Nous pourrons causer d'amour!