Le vaincu
L. Aubert
Je ne veux que te meurtrir de caresses,
et je n'en désire aucune.
Je ne veux qu'écouter la mer dans tes mains creuses,
puis mettre tes mains sur mes yeux, comme de la nuit.
Je ne veux que me griser de nostalgie,
en soutenant ton regard.
Je ne veux qu'entendre ta voix,
qui me rappellera les voix des femmes de mon pays.
Je ne veux que caresser sur ton corps
des souvenirs et des regrets.
Et si je baise tes lèvres,
leur suc me sera très amer.
Mais j'ai baisé tes lèvres,
et leur suc m'a enivré.
J'ai caressé ton corps,
et ma main tremblait.
J'ai entendu ta voix,
et les voix des femmes de mon pays
n'était plus qu'une musique barbare.
J'ai soutenu ton regard,
et j'ai baissé les yeux.
J'ai écouté la mer dans tes mains creuses,
et cette océan m'a submergé!