La Peur de mourir

L. Hillemacher

Je redoute la mort depuis que je t'ai vue.

Mon amour n'est pourtant qu'un jardin de douleurs:

L'ombre des deuils futurs pèse à la terre nue,

Un vent de solitude a desséché les fleurs.

Les roses du baiser ni les pampres du rire

Ne daigneront jamais embaumer le jardin

Où ton indifférence a voulu me proscrire;

Mais j'ai peur de la mort plus que de ton dédain.

Dédaigne, et s'il te plaît de m'ignorer, ignore;

Alarme-moi, si ton plaisir est d'alarmer:

Malgré tout, malgré toi, toujours, quand même, encore,

J'adorerai la vie à force de t'aimer!

Car mon pouvoir commence où ton pouvoir s'achève:

Quand j'ai pleuré, la nuit descend à mon secours,

Et ma souffrance est vaine à côté de mon rêve,

Et j'ai toutes les nuits pour compenser les jours.

La vie âpre, la vie est mon humble servante,

Puisque mes soirs d'angoisse ont des sommeils joyeux:

Et si je crains la mort, c'est que je m'épouvante

De dormir sans baiser le rêve de tes yeux.